Petit historique d'une institution essentielle du patrimoine éducatif guadeloupéen.

Le Pensionnat de Versailles, situé à Basse-Terre, peut se targuer, à juste titre, d'être le plus ancien établissement d'éducation primaire et secondaire encore en activité dans l'archipel guadeloupéen. C'est en effet en 1832 que l'ancienne habitation caféière du Petit Versailles a été acquise par les Religieuses de l'Ordre de Saint Joseph de Cluny afin d'y installer ce qui était alors la « Maison Royale d'éducation ».

Arrivées dans l'île dix ans plus tôt, en 1822, afin de se consacrer à l'éducation des jeunes filles de la colonie, ces religieuses répondaient ainsi à une demande pressante du Gouvernement de la Restauration et des familles de colons. Installées dans un premier temps à la Rue du Sable à Basse-Terre, ces jeunes Religieuses dont la moyenne d'âge n'était que de 22 ans furent victimes du mémorable cyclone de 1825 qui détruisit entièrement leur école et coûta la vie à leur Mère Supérieure, Julie JACOTOT. Démoralisées par l'ampleur de la catastrophe, elles envisagent de se retirer à la Martinique mais les autorités municipales et les parents d'élèves se mobilisent pour les retenir, manifestant ainsi leur attachement à l'institution. C'est dans ce contexte qu'elles font l'acquisition, après bien des hésitations, de la propriété du Petit Versailles (*) située aux portes de la ville, très éloignée du centre-ville et de l'indispensable service religieux.

Une acquisition à très forte valeur symbolique puisque le montage financier et la signature notariale ont été opérés suite à l'implication de la Mère Fondatrice de la Congrégation en personne, Anne-Marie JAVOUHEY, installée à Mana, en Guyane, depuis 1828, mais de passage dans les îles où elle tenait à rendre visite à ses « Filles » avant de regagner la métropole. Ainsi, dès 1832, ce site est utilisé à des fins exclusivement éducatives avec, pendant des décennies, une connotation qui fut un sujet de polémiques.

Versailles, en effet, fut durablement un établissement se consacrant à l'éducation de jeunes filles blanches et mulâtresses de la colonie. Il est vrai que telle était sa vocation première dans l'esprit des autorités à une époque où la discrimination ethnique était une réalité sociologique entretenue à souhait. Et ce, pas forcément à l'initiative des Religieuses puisque ces dernières, après la proclamation de l'abolition de l'esclavage en 1848, acceptent de prendre en charge la plupart des écoles communales destinées à l'éducation des filles d'affranchis en dépit d'offensives anticléricales de Républicains, partisans avoués de la laïcité.

Quoi qu'il en soit, Versailles a accueilli des générations successives de jeunes filles en provenance de toute la colonie et non pas seulement de Basse-Terre. Son internat et une réputation de rigueur et de qualité des enseignements en ont fait le renom, même au-delà de la colonie jusque vers les années 1970. Entre-temps, l'établissement a dû faire face aux impératifs de la loi de Séparation de l'Église et de l'État, étendue à la Guadeloupe en 1911. Mais, contrairement aux Frères de Ploërmel, en charge de l'éducation des garçons depuis 1840 et contraints de quitter la colonie en 1909, les Religieuses, propriétaires des murs et échappant quelque peu aux contraintes du régime concordataire, parviennent à conserver leur Pensionnat et à y prodiguer un modèle éducatif incluant dans les programmes un enseignement religieux en adéquation avec les aspirations des familles. Après s'être consacrée essentiellement à l'éducation des petites filles des classes enfantines, Versailles franchit le pas à la demande des parents en ouvrant , en 1937, les classes allant de la 6ème à la 3ème puis, un cycle secondaire complet dans la foulée. La première promotion de bachelières, série A et D, date de 1940.

 Versailles, à l'issue de la seconde guerre mondiale, a totalement démocratisé son recrutement au point d'y intégrer une importante ouverture sociale en faveur des enfants issus de familles défavorisées. Parallèlement, l'établissement a adopté depuis 1970 la mixité, perdant du même coup son exclusivité de Pensionnat de jeunes filles.

1832 - 2012: 180 années en continu d'un enseignement qui a fait ses preuves. En témoignent les taux de réussite élevés aux examens académiques

(*) Le nom de « Petit Versailles » témoigne de la prétention des autorités municipales, sous la Restauration, de faire de cette ville une « ville royale » et de créer dans le tissu urbain des « quartiers de noblesse » évoquant le souvenir de l'Ancien Régime : ainsi le Petit Versailles est inséré dans un maillage comprenant le Petit Paris, le quartier d'Orléans, celui d'Angoulême et le Champ de Mars, tout proche du Grand et du Petit Trianon. Cette toponymie s'est encore de nos jours en partie maintenue. (R BENELUS)

 



Anne-Marie JAVOUHEY (clisquez sur l'image)